Karim Benzema sur l'album de Rohff

 
 
Chroniques du prochain album de Rohff "La Cuenta" par 'Olivier Cachin

 S’il est un rappeur français qui n’a plus rien à prouver, c’est bien Rohff, légendaire guerrier linguistique qui a déjà vendu des centaines de milliers d’exemplaires de ses cinq premiers albums, tous devenus des classiques. Alternant les titres hardcore avec les morceaux introspectifs, Housni de son prénom a inventé un univers de mots et de sentiments qui n’appartient qu’à lui, contribuant à forger de nouveaux mots, de nouvelles expressions. « Ça fait zizir », « En mode… » en sont les étendards, passés dans le langage courant, y compris chez des gens qui n’en connaissent même pas l’origine. Il aurait donc été logique que Rohff le warrior enchaîne, après son disque de platine Le Code de L’Horreur, avec un album de la même facture.
Pourtant, même si La Cuenta a quelques points communs avec ses prédécesseurs, il marque un nouveau départ pour son auteur. « J’ai pris du recul, je me suis occupé de mes affaires personnelles et à un moment je commençais à avoir des fourmis dans les doigts. J’avais envie de travailler. Je suis fait pour ça. Alors je suis retourné en studio », explique Rohff. Direction Toulouse, loin des pressions parisiennes, pour poser au studio Polygone les bases de La Cuenta, un album au titre latin et à la rage intacte. « Ce disque n’a pas vraiment de concept établi, ça transpire juste l’ambition. C’est la théorie du chauffard : quand un mec me gène sur la route, je ne klaxonne pas, je le contourne et je trace. J’aime la musique, je suis passionné, je suis un autodidacte et je fais partie des précurseurs. Je veux juste imposer ma musique à moi ».

Rohff retrouve ses beatmakers favoris, dont le talentueux Gee Futuristic, et pose les bases instrumentales de ses nouveaux morceaux. Certains sons étant plus mélodieux, ils amènent une musicalité nouvelle. Bien sûr, les tueries hardcore comme « Machine De Guerre » ou « Qui Veut Ma Peau ? » sont au rendez-vous. Mais comme le rappelle Rohff, « me contenter d’écrire des morceaux méchants, c’est trop facile. C’est ce que les petits attendent de moi ». Voilà pourquoi d’autres titres développent le caractère unique de Rohff, capable d’exceller dans l’émotionnel comme dans le brutal. « Tu Pardonneras », avec la participation de Jena Lee, en est l’exemple le plus flagrant. « Ça va surprendre, et c’est le but. Je voulais un refrain populaire, comme ont pu le faire Eminem et Rihanna. Tout est faisable quand le morceau a de l’âme. Avec Jena, c’était un défi intéressant. Surtout sur un titre mélancolique. C’est une chanson intime, je suis passé aux aveux, j’ai pardonné à mon frère ».

 « Thug Mariage », featuring Indila, amène un parfum Bollywood (logique pour un Comorien fan du genre !) tandis que « Célibatard », avec J-Mi Sissoko au refrain, se veut un petit message à la gent féminine. « Après “Hysteric Love“, je suis en mode célibatard ! » ironise Housni à propos de cette chanson produite par Dawty Music. Question ladies, La Cuenta est bien pourvu, avec les participations de Lumidee sur le morceau-titre (qui signifie « l’addition »), de Zaho sur « Fais Doucement » et de l’Américaine Wynter Gordon, la voix féminine du « Suga » de Flo Rida, sur « Next Level ».
« Fais-Moi La Passe » invite la nouvelle star du football, Karim Benzema. Risqué. Mais le but est marqué. « On sait que les sportifs dans le rap ça ne le fait pas toujours, voire jamais. Karim a posé, on était tous bluffés. J’ai validé. Il se passe quelque chose, ça brise la routine ».

Pour finaliser le produit, Rohff est retourné à Miami et a retrouvé Lu Diaz, le mixeur des pointures (Fat Joe, Pitbull, Flo Rida), pour délivrer un son d’anthologie, miné par les sub et les infra-basses.

L’une des grosses audaces de cet album frais comme le blizzard et puissant comme un tsunami, c’est l’absence d’un titre hors format, comme on en trouvait sur les précédents opus. « Je n’ai rien à prouver, je peux faire un vingt minutes, un téléthon de rap mélancolique ! Mais j’ai décidé de ne pas refaire un morceau long. Je l’ai toujours fait, ça a inspiré d’autres rappeurs et ça a cassé mon délire. J’aurais pu mélanger “Revers De La Médaille“ avec “Tu Pardonneras“ mais j’ai préféré faire des morceaux structurés. C’est une mission de réussir à faire passer ses émotions sur quatre minutes ».

Par contre, Rohff reste fidèle à son goût de l’innovation linguistique avec un mot inédit qu’on trouvera bientôt dans le dictionnaire de la rue. Un mot qui donne son titre au premier single « Dans Ma Werss » produit par SoFly, un jeune Français qui travaille avec une équipe américaine. « Ça vient d’un délire avec deux copines. Être dans sa werss, c’est être dans son univers. Mohamed Ali était dans sa werss. Comme tous les gens culottés, talentueux. Je trouve ce mot très fort, et j’aime apporter des bons mots. C’est un risque, revenir avec un mot inconnu. Mais ma marque de fabrique, c’est l’originalité ».

Original, émouvant, authentique, et avec comme toujours une longueur d’avance sur la concurrence. Pour le reste du rap game, l’addition sera salée. La Cuenta, c’est Rohff comme on l’aime, différent mais toujours au top niveau. Un artiste complet, conçu pour durer.


Olivier Cachin


 

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